Colonel José Domingo Ramos : mort d’un juste
En ces jours d’hommages au centenaire de la naissance de Salvador Allende, il est tout à fait opportun de rendre hommage à un homme tout aussi intègre mais injustement méconnu du grand public, même au Chili : le colonel de l’armée chilienne José Domingo Ramos, décédé voici quelques jours à Santiago. Juste et courageux, ce compagnon et ami du général Prats fit partie de ces rares militaires qui, le 11 septembre 1973 osèrent dire non à l’ordre de trahir. Dans ce dossier, des Chiliens et des Français qui l’ont rencontré, lui rendent un hommage plus que mérité.
Le temps des lumières
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par Eduardo Olivares
Je n’ai jamais eu l’opportunité de rencontrer le colonel José Domingo Ramos. Je n’ai le connu que par les récits que sa fille Virginia -à l’époque nous l’appelions Dolly- nous faisait lors de ces soirées où, jeunes militants exilés, nous plongions dans la nostalgie en nous racontant nos familles.
Cela se passait à Paris, l’une des villes où cette fille de militaire devenue pendant l’Unité Populaire l’assistante du général Carlos Prats vécut, elle aussi, un partie de son exil. Dolly parlait de son père avec fierté mais aussi avec une extrême pudeur. Sans compter le fait que l’assassinat de son ancien chef et camarade de son père par une DINA résolue à exporter la terreur partout dans le monde, l’incitait naturellement à la plus grande prudence.
Nous savons déjà à quel point le retour de la démocratie n’aura pas été accompagné par les actes de justice que les Chiliens étions en droit d’espérer. Parmi tous les « oublis », la non reconnaissance de ces héros anonymes dont le courage fut, tout simplement, d’être fidèles à leurs engagements.
L’avocat José Galiano, qui avant d’être le remarquable défenseur des droits de l’homme que l’on connaît, partagea avec le colonel Ramos les bancs de l’Ecole Militaire chilienne, nous raconte dans sa préface du livre de son camarade « Para que nunca más » :
Convoqués par leur chef, à 7 heures du matin de ce 11 septembre, l’ensemble des officiers d’État Major de l’Armée est rassemblé afin de formaliser la « rébellion armée » sous la forme d’un ordre du commandement. Le colonel Ramos s’adresse alors à son chef d’une voix aussi et claire et ferme que la sereine conviction des principes qui l’animaient :
« Mon général, voici 30 ans, j’ai juré, sur le drapeau de ma patrie, de respecter la constitution et les lois de la république. Personne n’a l’autorité de me donner l’ordre de trahir mon serment »
Après quelques instants marqués par l’attitude expectante des officiers bien droits dans leur posture militaire et par quelques expressions incohérentes de son chef, le colonel Ramos quitta la réunion, s’habilla en civil et après l’avoir soigneusement plié, déposa son uniforme dans le bureau de son général »
Bref et austère, le récit de Galiano donne bien la mesure de la qualité morale de l’homme qui, le 29 juin dernier, jour de ses obsèques, reçut enfin de la part de ses camarades, les honneurs militaires qu’on lui devait. Ironies de l’histoire : presque au même moment, la justice chilienne condamnait à la prison à vie le sinistre Manuel Conteras, coupable d’avoir fait assassiner l’ami et compagnon du colonel Ramos, le général Carlos Prats.
Il est heureusement de moments où la justice s’invite malgré tout dans ce monde qui a de plus en plus de mal à la faire régner. Puisse-t-elle éclairer d’une lumière nouvelle tous ceux qui, tel le colonel Ramos, ont été trop longtemps à l’ombre de la haine des canailles ou de l’oubli, lâche ou intéressé, d’une société dominée par ceux que Galiano appelle "les maîtres de l’argent et les arribistes de toujours".
