René Urbina

Vingt ans après...plus treize ans

Le 18 novembre 1973 à 14h30, je suis arrivé à l’aèroport d’Orly où j’ai étè accueilli par le père Barth, responsable du Foyer Maydieu de la rue de la Glacière. Je venais de Santiago du Chili, là où deux mois auparavant, un général avait déclenché traîtreusement un putsch sanglant contre le Président Allende. Réfugié près d’un mois au Consulat de France, s’était ouvert ainsi à moi et quelques centaines d’autres persécutés, le premier paysage de la solidarité de la nation française.

Lundi 19 à la sortie du métro Glacière une dame distribuait des tracts dénonçant le coup d’état du 11 Septembre au Chili. Elle était l’épouse de Gilbert Mathieu. Nous avons établi avec eux, ma femme, Rosa, arrivée en février 1974 et moi, notre première amitié à Paris. Ces nouveaux amis personnifiaient maintenant la solidarité individuelle des Français au-delà de celle de l’État.

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Contacté par l’Ecole d’Architecture de Toulouse qui m’a proposé un poste d’enseignant vacataire, nous sommes partis sur les rives de la Garonne où César et Marie-Claude et Bernard et Renée sont devenus nos premiers grands amis toulousains. Plus tard, à travers le travail, deux autres couples, Mario et Edna et Henri et Yolande ont complété le fondement affectif, fraternel, de notre refuge en France.

De nouvelles amitiés se sont nouées au fil des années, qui ont fait croître notre sentiment d’appartenance à la société française, au point de demander et d’obtenir la nationalité.

Cependant, quand le fort mouvement anti-dictature qui se développait au Chili dans le courant des années 80 , contraignit le dictateur à autoriser le retour des exilés, nous avons commencé les préparatifs pour rentrer. Ce que nous avons fait définitivement en août 1986 pour faire partie de l’ élan vers la démocratie. Dans les années précédant ce retour, notre participation s’était limitée aux actions de solidarité et d’information. Nous gardons ainsi de très bons souvenirs de la Fête de l’Huma qui, annuellement, nous a accueilli dans sa politique d’appui aux luttes de libération des peuples opprimés.

A Paris, nous laissions nos trois enfants et les deux premiers de nos petits- enfants. Pénible abandon ! Au moment de prendre congé de la France treize ans s’étaient passés, treize ans qui ont changé plutôt positivement le cours de notre vie en compensation de la perte de ce rêve qu’était le progrès réel de la société et de l’économie chilienne. Une perte comparable à celle des communards qui sont arrivés au Chili, expatriés, après la chute de leur rêve au 19ème siècle.

La France, centre d’attraction mondial, nous a mis en contact avec des cultures éloignées de la nôtre même si, peut-être, convergentes vers des destins semblables. Inversement, nous sommes devenus un nouveau lien, jusqu’à aujourd’hui, un simple fil élémentaire mais solide, entre elle et notre entourage social, culturel, ici, chez nous à nouveau au Chili, vingt ans après, là où nos vies avaient été bannies, nos racines arrachées, exilées.

Nous, Chiliens rentrés de l`Hexagone ne pouvons éviter de semer la connaissance de ses valeurs historiques, de ses beaux paysages naturels ou humanisés, de sa riche langue, de son cinéma et des autres arts - le culinaire aussi, bien sûr - et, surtout, des qualités bonnes ou moins bonnes d’un peuple qui oeuvre vraiment pour la conservation de la paix et de la liberté dans d’autres régions du monde, y compris la nôtre.