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Chassé croisé libertaire et littéraire francochilien

Un ouvrage sur Victor Jara écrit par Bruno Doucey et un sur Lucie Aubrac de la journaliste chilienne Maria Poblete, dans la collection Actes Sud junior

C’est un véritable chassé croisé libertaire et littéraire franco-chilien que propose Actes Sud Junior avec la publication dans la collection “Ceux qui ont dit non”, de deux ouvrages très « francochiliens ».

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Bruno Doucey - Victor Jara

Le premier, du poète et éditeur français Bruno Doucey, est consacré à Victor Jara [1], artiste et militant assassiné par les militaires après le coup d’état de 1973. Dans son ouvrage, Doucey raconte les dernières heures de Victor Jara au stade national de Santiago du Chili. Mais il nous donne à voir aussi un Victor Jara qui n’est pas que la victime de la haine pinochetiste. Qui est aussi (surtout ?) un homme issue du peuple qui consacra au peuple tout son talent d’artiste et son énergie de militant. C’est ainsi qu’il deviendra l’un des piliers de la Nueva Cancion Chilena, un mouvement artistique né dans les années ’60 qui accompagnera les mobilisations sociales et politiques qui aboutirent au gouvernement de l’Unité Populaire. “Depus le premier jour Victor Jara croit à cette aventure. Il sait que l’Unité Populaire d’Allende n’a pas versé une seule goutte de sang pour arriver au pouvoir, écrit Buno Doucey. Au quotidien, l’artiste ne se contente pas de chanter le monde meilleur dont il a toujours revé

D’une rebelle l’autre

Autrement émouvante est la rencontre de deux femmes, de deux rebelles unies dans le livre de la journaliste francochilienne Maria Poblete consacré à Lucie Aubrac [2]. Émouvante parce que, bien que née dans une autre époque, Maria Poblete a des nombreux traits communs avec la grande figure de la résistance lyonnaise. Lyonnaise d’adoption elle même, Maria, fille d’Amanda Puz, remarquable journaliste chilienne exilée en France, a été elle aussi dès son plus jeune age de celles qui « ont dit non ».

Naturellement rebelle et naturellement journaliste, Maria Poblete a fait de son métier une sorte de véritable engagement qui, loin de toute propagande, nous aide à mieux connaître les personnages qui, pour le meilleur et pour le pire, ont façonné la vie telle qu’elle va. Pour le pire, ce fut le cas du sinistre « gourou » de Colonia Dignidad, cet enclave allemande dans le sud chilien, sur laquelle elle mena, avec Frederic Ploquin, une enquête de grande qualité mettant en évidence le rôle joué par cette prétendue oeuvre de bienfaisance dans la repression contre les opposants chiliens. Une enquête qui constituera plus tard la base du film tourné par un autre Chilien, le journaliste et réalisateur José Maldavski.

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Lucie Aubrac - Maria Poblete

Son ouvrage, consacré à Lucie Aubrac est par contre une belle manière de nous faire découvrir et/ou mieux connaître cette « femme de l’ombre » sur laquelle Marie Poblete réussit à jetter une lumière pleine d’intelligence, de sensibilité et, bien évidemment, d’admiration. Dont le « non » aura été d’autant plus courageux qu’il n’était pas forcément monnaie courante dans cette France de 1943 qui semble engloutie dans une mare de peur et de collaboration avec l’occupant allemand. « Lucie n’en croit pas ses yeux. Elle a la nausée. Elle ne veut pas imaginer que des citoyens français soient capables d’en dénoncer d’autres. Quelle horreur ! », écrit Maria Poblete à propos de l’émotion de Lucie Aubrac face aux appels à la delation du préfet français de la region lyonnaise pour retrouver le cycliste solitaire qui avait blessé 25 soldats allemands dans un attentat.

En ce temps certes moins violents mais pas forcément plus courageux, le livre de Maria Poblete met en évidence que savoir dit non face aux grandes et petites ignominies, reste l’une des clés de cette liberté et dignité que Lucie Aubrac incarné de très belle manière.


Notes

[1Victor Jara : "Non à la dictature. 96 pages. Mars 2008

[2Lucie Aubrac : "Non au nazisme". 96 pages. Mars 2008

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