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"Rue Santa Fe" et "La Flaca Alejandra" publiés en DVD

A quelques mois de sa sortie en salle, rue Santa Fé, le dernier film de la réalisatrice chilienne Carmen Castillo, sort aussi en DVD accompagné de La Flaca Alejandra, l’un de ses précédents films, de deux documents « d’époque » et d’un interview de la réalisatrice. Commentaire.

Beaucoup de choses ont été dites à propos de Carmen Castillo et de son « travail de mémoire » Devenue au fil de quelques livres et films-témoignage une spécialiste des « récits personels des aventures collectives » d’une partie la gauche chilienne, elle a pris le parti d ’exposer et de s’exposer, de montrer et de se montrer sans complaisance. Elle a ainsi cherché souvent à raconter le Chili des années ’70 et ’80 par le biais aussi bien de sa propre histoire que de celle du MIR, formation d’extrême gauche ayant donné un « soutien critique » à Salvador Allende. Courageuse et sincère pour les uns, « enfant gâté autocentré » pour les autres, Carmen Castillo n’en a pas moins le mérite d’avoir réussi à « faire du bruit » dans un pays trop tenté par ces silences qui font le lit de l’oubli et de l’impunité.

De ce point de vue-là, la Flaca Alexandra, l’histoire de cette ancienne militante du MIR brisée par la torture et dont la collaboration avec la Dina provoqua la mort de nombre de ses anciens camarades, est l’un des « miroirs » le plus terrible qu’on ait pu proposer à une génération de militants qui, notamment dans Rue Sante Fé, hésite de moins en moins à se poser une question pour le moins dérangeante : est-ce que le jeu valait vraiment la chandelle ?

La "nonchalance heureuse des Chiliens"

L’un des « bonus » de ce coffret, le reportage tourné en 1971 par Jean Bertolino, donné envie de répondre « oui », sans hésitation aucune. Quelques mois après l’arrivée d’Allende au pouvoir, Bertolino sent que « le Chili respire la liberté ». La « nonchalance heureuse des Chiliens » ne laisse en rien présager de la fin tragique qui deux ans plus tard, verra naître l’une des dictatures les plus liberticides du XXème siècle. Elles valent leur pesant de paradoxe ces images des canons à eau de la police devenus, le temps d’un « printemps du peuple », des paisibles citernes roulantes qui apportent de l’eau potable dans les bidonvilles de Santiago. Ou cet officier qui jure que les pressions américaines ne sauraient mettre en question le « professionnalisme et constitutionalisme » des Forces Armées.

Comme un drôle d’écho, le deuxième bonus du coffret, un reportage de Jacques Segui tourné quelques semaines après le coup d’état, met en scène des militaires qui par conviction, opportunisme ou obéissance, ont déjà endossé le costume de croisés partis en guerre contre « le poison marxiste » que l’Unité Populaire avait, dixit l’un des membres de la junte, inoculé à la société chilienne. Les images de ces femmes en quête de leurs maris ou de leur frère, qui se ruent sur les carabineros qui montent la garde devant le Stade National, disent bien le désarroi d’une société qui commence à peine à découvrir ce qui, croyait-elle jusque là, « n’arrivait qu’aux autres ».

En ce 35ème. anniversaire du coup d’état, ce coffret [1] est, aussi bien par les films que par les bonus qui les accompagnent, un riche concentré de témoignages et de regards parfois contradictoires et souvent bouleversants sur des évènements qui n’en finissent pas de nous interpeler.

- A écouter : une interview de Carmen Castillo (en espagnol)


Notes

[1La Flaca Alejandra (France, 1994). Réalisation : Carmen Castillo, Guy Girard. Durée : 57 min. Version originale française, version originale espagnole, sous-titres anglais. Rue Santa Fe (Calle Santa Fe) (France, 2006). Réalisation : Carmen Castillo. Durée : 2h40. Version originale française, sous-titres anglais. Bonus : Entretien avec Carmen Castillo (2008, 30 min.), Six mois d’unité populaire (1971, 38 min.), Spécial Chili - quelques jours après le coup d’Etat (1973, 20 min.). Livret : Texte inédit de Geneviève Brissac, entretien avec Régis Debray repris du Monde, repères historiques et bibliographiques. 1 coffret INA

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