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Le parti socialiste français face à l’expérience de l’Unité Populaire chilienne (II)

Le bilan de la première année de l’UP

L’intérêt du parti socialiste français pour l’expérience de l’UP au Chili n’est plus à démontrer et la première année d’exercice au pouvoir de l’Unité Populaire est l’occasion de dresser un premier bilan. Le parti socialiste demeure impressionné par l’application du programme de l’UP qu’il qualifie de méthodique. L’expérience du passage au socialisme au Chili avance. Les plans de nationalisation de toutes les industries de base et des secteurs clé de l’économie sont mis en place pour le cuivre, les nitrates, le fer, l’acier, le charbon et le ciment. Seize banques commerciales privées nationales et étrangères sont passées sous le contrôle de l’Etat (il gère alors 90% du crédit à la fin de 1970). En outre, 70 entreprises industrielles sont expropriées, réquisitionnées ou placées sous le régime de « l’intervention » de l’Etat, mesure conservatoire qui ne préjuge pas de la propriété de l’entreprise.

Les grandes industries textiles, les brasseries, la métallurgie du cuivre, l’électronique sont placées en grande partie sous contrôle de l’Etat et constituent de facto l’APS (Aire de propriété sociale). L’industrie manufacturière, qui représente 1/3 du produit national, augmente sa production de 12% en moyenne. La nationalisation du cuivre est pour le Chili une opération absolument essentielle. Elle a été acquise par une réforme constitutionnelle donnant à l’exécutif le droit d’évaluer les bénéfices excessifs faits par les compagnies expropriées et de les déduire du montant de l’indemnisation. Sans nier les difficultés inspirées par les secteurs réactionnaires étroitement liés à l’impérialisme et qui détiennent encore une part importante du pouvoir économique et juridico-politique » que rencontre l’UP, le parti socialiste français souligne l’unité qui perdure au sein de la gauche chilienne et le soutien du peuple chilien au président Allende. A la fin de l’année 1971, le Chili constitue en quelque sorte un « laboratoire » pour le parti socialiste français qui tente d’analyser les éventuelles erreurs à ne pas commettre et les difficultés rencontrées lors du passage au socialisme par voie démocratique.

La rencontre entre François Mitterrand et Salvador Allende

En novembre 1970, Salvador Allende informe Claude Estier qu’ « il faut absolument que Mitterrand vienne ici1 (au Chili) ». Il faudra attendre une année pour que le projet du Parti socialiste français d’un voyage au Chili prenne forme compte tenu de la préparation et des enjeux du Congrès d’Epinay. C’est en novembre 1971, que François Mitterrand se rend au Chili accompagné de Gaston Defferre et Claude Estier. Ce voyage revêt dès lors une toute autre importance : François Mitterrand n’est pas uniquement un socialiste, il est le leader du parti socialiste français. En tant que tel, se rendre au Chili est une preuve de la volonté française d’instaurer une solidarité socialiste internationale avec le Chili. Ce choix est d’autant plus judicieux dans la mesure où l’Unité Populaire chilienne vient à peine de fêter sa première année au gouvernement et que son action est considérée comme exemplaire par la gauche française. Le nouveau leader du parti socialiste français va ainsi être aux côtés l’homme qui incarne cette expérience insolite, la « Révolution dans la légalité » Salvador Allende.

Salvador Allende incarne cette idée neuve du socialisme que François Mitterrand souhaite mettre en place en France en parvenant à la signature d’un programme commun de gouvernement avec le parti communiste. François Mitterrand déclara à ce sujet à Allende : « Le parti socialiste français souhaite parvenir à une conclusion d’un programme commun de gouvernement de toute la gauche comme vous l’avez fait vous-même. Ce n’est donc pas par hasard que nous avons réservé au Chili notre premier voyage ». La rencontre avec Allende doit permettre à la délégation française d’impulser une nouvelle dynamique en France, celle de l’union de la gauche et de renforcer le rôle de leader de François Mitterrand. Ce dernier sera même surnommé dans la presse chilienne, « l’Allende Français » preuve qu’il incarne pleinement le renouveau du parti socialiste et plus largement de la gauche française.

Ce voyage au Chili s’inscrit pleinement dans le processus de modernisation entamé par le Parti socialiste et souligne un vif intérêt pour d’autres expériences de socialisme souhaité lors du congrès d’Epinay. Il permet également de renforcer la solidarité existante entre le parti socialiste français et l’Unité Populaire chilienne au niveau politique mais également personnel, François Mitterrand ayant été frappé par la détermination dont faisait preuve Salvador Allende.

Soutenir l’Unité Populaire face à la crise

La situation politique chilienne n’a cessé d’évoluer depuis novembre 1971. Les affrontements entre opposants et sympathisants d’Allende s’intensifient. Dès le second semestre de l’année 1973 et suite aux résultats des élections législatives de mars où l’Unité Populaire obtient un score supérieur à celui de 1970, l’opposition chilienne prend conscience qu’elle ne pourra renverser le gouvernement de Salvador Allende que par la force. Au Chili plane un climat de guerre civile qui résulte de la guerre psychologique menée par la droite contre le socialisme. Chacun connaît le triste vainqueur de ces affrontements puisque le gouvernement de Salvador Allende est renversé le 11 septembre 1973.

Tout au long de ce processus de déstabilisation, le parti socialiste français ne reste pas en retrait et souhaite informer la population française de la réalité de la situation chilienne et dénoncer les agissements de la droite qui considère que toute action est justifiable pour renverser le socialisme. Pour ce faire, divers comités de soutien se mettent en place dans toute la France et de nombreuses réunions ont lieu à la Mutualité offrant ainsi la possibilité aux acteurs chiliens d’expliquer les enjeux de la crise et l’étendu des difficultés du passage au socialisme dans un pays latino-américain dépendant économiquement des Etats-Unis. Pour le parti socialiste français, il est primordial de condamner les agissements de la droite chilienne qui refuse d’accepter le vote de la population et la confiance qu’elle a en l’Unité Populaire. L’opinion publique française ne doit donc pas assimiler le socialisme à la crise comme tente de le démontrer la droite qu’elle soit au Chili ou en France.

- A suivre : Le PS face au coup d’Etat du 11 septembre 1973


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