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Le parti socialiste français face à l’expérience de l’Unité Populaire chilienne (III)

Le PS face au coup d’État du 11 septembre 1973

Jusqu’en septembre 1973, le parti socialiste veut continuer de croire à la viabilité de l’expérience chilienne espérant que ce pays parvienne à surmonter sa crise économique puisque l’Unité Populaire incarne l’épopée quotidienne et décisive de la lutte des classes.

Le 4 septembre 1973, à l’occasion de l’anniversaire de la troisième année au pouvoir de Salvador Allende, le parti socialiste revient sur l’espoir véhiculé par les changements opérés par l’Unité Populaire au Chili. Il dénonce également les adversaires, qu’ils soient chiliens ou français, de la « révolution dans la légalité » qui interprètent, selon leurs intérêts, la crise chilienne. Les opposants de Salvador Allende, adversaires de l’ascension du socialisme, d’un nouvel ordre économique, politique et social préfèrent opter pour la violence face au changement.

A l’annonce du coup d’État du 11 septembre 1973, le parti socialiste de même que l’ensemble de la gauche française sont choqués par la violence employée par les forces armées chiliennes.


Outre une participation active à la solidarité internationale mise en place pour permettre d’arrêter les massacres de la junte, de soutenir le « gouvernement en exil » et dénoncer l’illégitimité de la junte militaire, il s’investit à part entière pour défendre le peuple chilien lançant plusieurs appels à manifester pour dénoncer le coup d’État. La solution proposée par la droite chilienne pour contrer le socialisme, à savoir la force, ne peut être justifiable aux yeux du parti socialiste français. Le coup d’État chilien doit être condamné par l’ensemble de la classe politique française et parla population.
La mort du président Salvador Allende, qui a particulièrement émus le parti socialiste, devient dès lors un acte héroïque.
Salvador Allende, comme l’atteste son dernier message prononcé sur les ondes de la radio chilienne, a préféré se sacrifier plutôt que de se rendre aux putschistes et aussi ne pas trahir le peuple chilien. Sa disparition est une grande perte. La déclaration de François Mitterrand dans Ma Part de vérité, « le monde est plus pauvre aujourd’hui », souligne les conséquences du coup d’État militaire et attribue à Allende un rôle historique.

Pour François Mitterrand il est indispensable de faire connaître la réalité aux français et de lever le voile sur l’horreur pour convaincre l’opinion publique de soutenir les réfugiés chiliens.
En effet, le parti socialiste soupçonne le gouvernement par le biais de l’ORTF d’omettre volontairement des données cruciales dans la compréhension de la situation au Chili pour atténuer l’implication de la droite chilienne dans le coup d’État Une sorte de guerre pour l’information émerge, chacun utilisant les supports à sa portée pour établir sa perception de la réalité chilienne.

Pour mémoire, à cette époque les médias sont principalement dans les « mains de la droite », les radios et chaînes de télévision. Le parti socialiste réalise les enjeux communicationnels inhérents à l’annonce du coup d’État chilien puisque si l’opinion publique est désinformée, elle ne prendra pas position contre la junte militaire. Etre solidaire du peuple chilien c’est d’une part informer la population française et d’autre part mettre en place des réseaux d’entre aide.

Plusieurs appels sont lancés à la population française pour organiser des collectes de fonds et pour soutenir la gauche chilienne sous l’initiative du Collectif National de Solidarité au Peuple chilien composé du parti socialiste, du parti communiste, des radicaux de gauche, du P.S.U., de l’Objectif Socialiste, de la C.F.D.T., de la C.G.T., du F.E.N., de la Ligue des Droits de l’Homme etc.


Par ailleurs, le parti socialiste effectue une série d’interventions parlementaires auprès du Premier ministre et du ministre des Affaires étrangères pour réclamer que la France se déclare officiellement prête à offrir l’asile politique aux réfugiés chiliens qui le demanderaient. Leur objectif est de créer des réseaux permettant aux chiliens de se réfugier en France.

Isabel Allende, à plusieurs reprises, a remercié le parti socialiste pour son soutien à la cause chilienne, remerciements médiatisés au sein du parti dès octobre 1973. Cette solidarité socialiste apparaît être naturelle comme un moyen de lutter contre les horreurs qui découlent du coup d’État chilien de septembre 1973.

Enfin, le parti socialiste doit faire face au débat relancé en France, suite au coup d’État chilien, concernant la viabilité du socialisme dans une démocratie, thème déjà évoqué à la signature du programme commun de gouvernement de la gauche française et lors des élections législatives de mars 1973.

L’échec de l’expérience de l’Unité Populaire chilienne est alors perçu par la droite française comme un moyen de « freiner » les prémices d’une ascension du socialisme en démontrant que le socialisme et la démocratie sont incompatibles.

Le parti socialiste se voit contraint de prendre de la distance avec l’expérience de Salvador Allende et d’expliquer que la situation chilienne n’est pas comparable avec la situation française afin de rassurer l’opinion publique française.
François Mitterrand va ainsi déclarer dans la presse qu’ « il n’y a aucune comparaison possible entre le socialisme de la pénurie et le socialisme de l’abondance » [2] en soulignant les différences entre le socialisme chilien et le français.

Les comparaisons établies par la droite française entre ces deux pays ne sont pas légitimes et relèvent d’une « propagande » contre l’union de la gauche, c’est du moins l’analyse sous-jacente que propose le parti socialiste français. L’échec du socialisme de l’Unité Populaire, ne prouve pas, selon François Mitterrand, qu’une expérience socialiste dans un pays démocratique ne soit pas viable.

La distanciation avec l’expérience du socialisme d’Allende est un moyen d’autodéfense face aux accusations de la droite française qui permet aussi de rassurer les sympathisants de la gauche française.


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