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Un récit venu de Coronel

Au coeur du vieux et appauvri bassin minier chilien, Coronel est un petit port situé à 27 kilomètres de Concepción. C’est de là qu’Arnaud Béchade a reçu le témoignage qu’il a envoyé à Dominique Grange qui l’a traduit et que nous publions ci-dessous.

Je suis un grand ami de Mario de sa famille et des amis du CEPAS (ai passé plusieurs années à Coronel, travaillle actuellement à Comparte de Barcelone, antérieurement à Partage à Compiègne). Nos amis chiliens m’ont souvent parlé de l’Afaenac et je t’imagine (vous imagine) très préoccupée par la situation. Après 2 jours de tentatives vaines, je suis parvenu à avoir Mario dans l’après-midi.

Ci-jointe la retranscription, telle quelle et un peu télégrapphique, de notre conversation. Comme tu le constateras, la situation est préoccupante.
Restons en contact et essayons d’unir nos efforts pour leur venir en aide.

Très amicalement, Arnaud

1er mars. Communication théléphonique avec Mario- 17h00

J’ai parlé avec Mario, que j’ai trouvé dans un état de désespoir.
Tous les gens du secteur Maule se trouvent dans un campement improvisé dans la partie la plus élevée de la collline, à savoir l’ancien terrain de golf de la maison Shwager.
On dirait un camp de réfugiés avec des centaines de tentes. Les gens ont peur des répliques et d’un nouveau tsunami. Au cours de notre conversation, la terre ne cesse de trembler, "on dirait du chewing-gum", lorsque la mer avançait et paraissait incroyablement tranquille, "comme un lac".

Il n’y a pas d’électricité, pas d’essence, pas de communications (on recharge les portables avec les batteries de voiture et on a les nouvelles par "Radio BíoBío", dans les voitures. La première préoccupation est de trouver de l’eau et de la préserver ; ensuite, la nourriture (la famille de Mario a des réserves pour 3 jours, ils mangent une fois par jour). Les magasins ont été pillés, on ne vend plus rien. C’est la débrouille, des petites ventes entre voisins. Ils n’ont même pas pu aller dans le centre de Coronel, trop dangereux.

Les gens vivent dans des conditions sous-humaines, s’occupant de leur famille et essayant de répondre aux besoins essentiels. Eux-mêmes ne peuvent pour le moment que s’occuper des leurs, essayer d’avoir des nouvelles (ils n’en ont toujours pas de plusieurs membres de leur famille).

Des groupes armés de voisins, de quartiers, se sont créés. Mario a fait état des violences entre des groupes de San Pedro et Lagunillas. Une station-service de Lota a été incendiée, ce qui aurait entraîné la mort de 2 personnes.

Aucune aide ne parvient à Coronel, et les secours n’arrivent pas non plus, ne pouvant compter sur une sécurité minimum. Mario dit que l’armée manque de moyens de transmission et n’est pas arrivée, ni à Coronel, ni à Lota. Au cours d’interviews radiophoniques, les maires des localités de Coronel et de Lebú ont pleuré sur les ondes, reconnaissant leur incapacité à intervenir tant que le calme n’aura pas été rétabli avec la présence des militaires.

Ils n’ont pas pu voir les Jardins d’enfants, mais selon les commentaires de personnes qu’ils connaissent, plusieurs des Jardins d’enfants de Coronel ont souffert de dégâts d’une ampleur variable. L’un d’entre eux au moins (un nouveau Jardin d’enfants de la Junji, administré par le CEPAS) aurait été détruit par le tremblement de terre.

Ils ne savent absolument rien des infrastructures de Lota ni de Tomé. Pire : sur la centaine de personnes qui travaille avec le CEPAS, ils n’ont des nouvelles que de 5 d’entre elles. Et bien sûr, aucune information sur les familles aidées par CEPAS.

On sait que des amis, des proches ou des collaborateurs ont subi des dégâts dans leurs habitations.

Le papa de Mario n’a de la morphine que pour 3 jours. Il leur reste un fond d’essence pour le cas où ils devraient se rendre en urgence à l’Hôpital de Coronel, celui de Lota n’étant plus en état de fonctionner.

Mario reconnaît que malheureusement, "à cet instant", la capacité institutionnelle du CEPAS est zéro".

Mario a stoppé la communication en voyant arriver son frère Marco, en larmes (il avait marché jusque-là depuis San Pedro). Bien qu’il ait appris qu’il était vivant par un message de Radio Bío Bío, il n’avait aucune nouvelle depuis le tremblement de terre.

Mario a pleuré à plusieurs reprises, cette conversation fut très bouleversante, à la mesure de la situation dramatique qu’ils sont en train de vivre.

Arnaud Béchade (Responsable des Programmes à la Fundación COMPARTE). Traduction : Dominique Grange (AFAENAC)


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