Accueil > Actualités > Jean-Pierre Bel : "vous êtes le visage de l’Amérique Latine et du Chili qui (...)

Jean-Pierre Bel : "vous êtes le visage de l’Amérique Latine et du Chili qui changent"

N’ayant pas pu participer à la dernière édition de la Semaine de l’Amérique Latine organisée par le Sénat français, Isabel Allende avait tenu à répondre, même en « léger différé », à l’invitation de ses pairs français.

Visiblement ému et, de son propre aveu, « charmé » par son homologue chilienne, le président du Sénat français, Jean Pierre Bel a souligné dans son discours les aspects solidaires et politiques de la « longue tradition d’amitié entre nos deux pays ».

Francochilenos vous propose ci-dessous le texte intégral du discours de Jean-Pierre Bel et vous invite à trouver, tout à fait en bas de page, l’enregistrement de l’’échange de discours entre les présidents des Sénats français et chilien au Palais du Luxembourg.

Le discours de Jean-Pierre Bel

Chère Isabel Allende, vous ne pouvez imaginer le bonheur que vous m’avez procuré en acceptant mon invitation malgré les charges immenses qui sont aujourd’hui les vôtres.

Madame la Présidente, vous incarnez bien sûr le Chili d’aujourd’hui qui fait face à de grands défis pour ancrer votre pays dans la modernité et le respect de sa culture et son histoire. Votre visite s’inscrit dans le prolongement d’une longue tradition d’amitié entre nos deux pays.

Vous incarnez aussi, chère Isabel Allende, le long combat des femmes pour accéder à des fonctions de responsabilités politiques, conduit avec héroïsme sous la dictature ; vous avez montré le chemin, avec Michelle Bachelet, en occupant, bien sûr, les plus hautes fonctions de votre République et en vous battant aussi pour de nouveaux droits, dans de nombreux domaines, pour l’égalité entre l’homme et la femme.

Nous avons tous beaucoup d’admiration pour le courage qui est le vôtre, ce courage dont vous avez fait toujours preuve depuis votre jeunesse, dans l’entourage de votre père, aux côtés de votre mère, pendant les longues années noires du dictateur Pinochet. Nous avons de l’admiration aussi pour la part que vous avez prise dans le processus de construction de la démocratie dans votre pays.

Ce qui s’est passé au Chili dans les années 70 a eu un écho considérable à l’échelle de la planète. L’évocation de cette période, de cette mémoire, n’est jamais facile et ne doit pas nous empêcher d’appréhender l’avenir. Mais elle est nécessaire pour mieux comprendre le présent. L’Histoire de votre pays est marquée par une blessure éternelle. Celle d’une dictature sanguinaire qui a bafoué la dignité de vos compatriotes, les a soumis, les a humiliés. Le peuple chilien voulait construire une voie pacifique et démocratique vers le socialisme mais, pour ce faire, il aura contrarié des intérêts économiques et financiers qui n’ont pas de patrie. Il l’a payé au prix fort. Président 18 ans il a été bâillonné, assassiné, torturé. Ici, à nos portes, nous étions dans la solidarité au peuple espagnol en butte à un autre dictateur, Francisco Franco.

Je me souviens...

Mais le 11 septembre 1973, je me souviens.

Je me souviens de mes 20 ans et de cette nuit terrible où nous avons appris : « ils ont bombardé la Moneda et le Président est mort… » Alors, dans toutes les villes, dans tous les pays nous sommes sortis pour marcher dans les rues : « … Allende, Allende… el pueblo unido jamas sera vencido… !  ». C’est la conscience du monde qui assistait, impuissante, à la mise au pas de la démocratie chilienne… toute une génération qui se mobilisait pour créer sa solidarité. Ce sont des souvenirs, c’est le passé ; mais le passé ne passe pas car il vibre et bouge encore.

En novembre 1970, c’était Claude Estier, qui fut Président du Groupe Socialiste au Sénat et auquel j’ai succédé, qui s’était rendu au Chili pour assister à l’investiture de Salvador Allende et pour rencontrer les leaders de la gauche chilienne. Le Président Allende avait alors invité François Mitterrand qui viendra un an plus tard, avec Claude Estier et Gaston Deferre, rencontrer celui qu’il décrit comme l’homme « qui incarne la Révolution dans la légalité ». Cette rencontre fut essentielle pour le devenir du Parti socialiste français lui-même.

On connaît la suite.

Il y a plus de 40 ans maintenant, des milliers de vos compatriotes chiliens sont venus durant les années sombres en exil, en Europe, beaucoup ici, en France. Beaucoup ne reconnaissaient plus leur pays, ne savaient plus ce qu’il s’y passait. Le Chili était devenu une terre éclatée, des îles à la dérive qui ne pouvaient se rencontrer.

L’histoire nous a montré aussi, comme le dit si bien le poète Pablo Neruda qu’ils pourraient couper toutes les fleurs (…) ils n’empêcheraient pas le printemps. Ils n’ont pas empêché le printemps malgré votre exil et votre périple car vous étiez, vous et votre famille, les ambassadrices remarquables de la démocratie chilienne.

Votre histoire personnelle et politique représente le symbole de la lumière de la démocratie au Chili. Parler d’Allende, de votre famille, ne peut être banalisé par les consciences car votre combat, votre parcours, votre vie, votre engagement, vos efforts et votre dignité sont plus forts que la violence, la brutalité du totalitarisme.
Mme la Présidente, on vous qualifie de symbole dans votre pays mais aussi dans l’histoire de l’humanité. 48 ans après votre père, le Président Salvador Allende, vous devenez la première femme Présidente du Sénat.

JPEG - 78.7 ko
Sur la Place Salvador Allende, Jean-Pierre Bel, Isabel Allende et Patricio Hales, ambassadeur du Chili en France.

Aux côtés de Michelle Bachelet, Présidente de la République du Chili, et à qui vous avez remis l’écharpe présidentielle aux couleurs nationales, bleu, blanc, rouge à Valparaiso le 11 mars dernier, vous incarnez la fierté de tout un peuple qui résonne plusieurs décennies après la mort de vos pères respectifs. Cette photo a fait le tour du monde. A travers vous, c’est le visage de l’Amérique Latine qui change et celui du Chili aussi.
Vous êtes le symbole d’un continent résolument tourné vers son futur et son développement.

Aussi, je voudrais saluer votre engagement dans toutes vos fonctions de parlementaire, à la Chambre des députés et au Sénat qui incarnent cette nouvelle voie démocratique au Chili. Je voudrais également témoigner de mon admiration pour ce combat que vous avez mené sans jamais l’abandonner, pour ce long chemin que vous avez parcouru pour imposer le devoir de mémoire et le devoir de justice. Votre présence au Palais du Luxembourg nous honore et nous touche beaucoup.

A travers vous, j’adresse au nom du peuple français, notre amitié, notre estime, notre reconnaissance au peuple chilien et nos vœux les plus chaleureux de réussite dans vos nouvelles fonctions.

Je vous remercie.

Écoutez les discours

Discours de Jean-Pierre Bel
Discours d’Isabel Allende

Vos commentaires

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Dans la même rubrique