Accueil > Actualités > Chili : il est temps et encore possible de faire d’autres choix

Chili : il est temps et encore possible de faire d’autres choix

Nous publions ci-dessous un texte de Guy Aurenche, président du CCFD-Terre Solidaire, paru dans la dernière édition de la revue Faim et Développement.

par Guy Aurenche

Dans l’église du quartier populaire de la Victoria (où fut assassiné, en 1984, le prêtre français André Jarlan), Daniela, membre de l’ONG Eco partenaire du CCFD-Terre Solidaire, [1], nous parle des mouvements étudiants qui secouent le Chili depuis 2011. La déception a été forte : la jeunesse attendait beaucoup du nouveau mandat de la présidente Michelle Bachelet (élue pour quatre ans, ndlr), mais les réformes promises tardent à venir.

Au même moment, dans l’hémisphère nord, le pape François s’adressait à l’Union européenne : « Mettre au centre la personne humaine signifie avant tout faire en sorte qu’elle exprime librement son visage et sa créativité au niveau des individus comme au niveau des peuples. » Une interpellation qui ne vaut pas que pour la vieille Europe. Pourquoi les inégalités perdurent-elles dans les pays émergents du Sud ?

Au Chili, la société civile portée par les nouvelles générations réclame des réformes structurelles pour lutter contre certaines racines de l’inégalité. Ainsi, pour la fiscalité, elle demande une prise en charge équitable de la dépense publique par les mieux lotis ; pour l’éducation, une véritable gratuité face à un système éducatif largement payant ; sans oublier la réforme de la Constitution, héritée du dictateur Pinochet, qui ne fait pas de place à la mobilisation directe des citoyens. De ce fait, le taux de participation aux élections est en chute libre ! Pourtant, nos partenaires du Sedej [2], agissant auprès des jeunes défavorisés, mettent l’accent sur leurs possibilités créatrices lorsque leur imagination est vraiment sollicitée.

Dans le domaine économique, les autorités semblent ne pas vouloir s’attaquer aux inégalités et être peu soucieuses des droits des travailleurs. L’un des employés chargés de nous « vanter » les mérites de l’exploitation (par Codelco, entreprise détenue par l’État chilien) de la mine de Chuquicamata, l’une des plus grandes du monde, précisait que les mesures de sécurité s’étaient améliorées, mais seulement « depuis trois ou quatre ans » ! Nous ne fûmes pas rassurés d’apprendre qu’il était déjà prévu de creuser des galeries souterraines dès que l’exploitation à ciel ouvert deviendrait « moins rentable ».

Au sud, à la dévastation, il y a plus d’un siècle, des forêts de Patagonie par les éleveurs et chercheurs d’or, succèdent aujourd’hui les exploits des bateaux étrangers pillant l’écosystème marin. Devant la beauté mystérieuse des paysages de l’immense désert du nord ou la froidure ventée du détroit de Magellan au sud du pays, nous nous demandions quel esprit de puissance carnassière nous habite pour détruire ainsi une nature qui a tant donné. Alors s’imposent l’urgence et le bien-fondé des campagnes menées actuellement par le CCFD-Terre Solidaire [3], non contre l’économie ni l’entreprise, mais contre ceux qui confondent activité économique et exploitation meurtrière de la nature ou marginalisation de populations considérées comme des « déchets ».

Il est temps et encore possible de faire d’autres choix, au Chili comme en Europe ! Le poète chilien Pablo Neruda livre ce poème comme un cadeau de Noël : « Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap, lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves... »


P.-S.

Article paru dans Numéro 284- Novembre-Décembre 2014, de Faim et Développement

Vos commentaires

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d’indiquer ci-dessous l’identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n’êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?

Dans la même rubrique