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Elisa Sepúlveda : "le cinéma a un rôle dans la mémoire de notre pays"

À la veille du Week-end du Doc chilien, les 23 et 24 avril prochains au cinéma Christine 21 à Paris, nous avons rencontré Elisa Sepúlveda, co-organisatrice de l’évènement qui, à travers quatre films inédits, permettra de découvrir un peu plus le Chili d’aujourd’hui. Propos recueillis par Diego Olivares.


Francochilenos : Comment est née l’idée de créer le weekend du doc chilien ?

Elisa Sepúlveda : C’est depuis 3 ans que notre association Films d’Altérité, organise des projections, des ciné-clubs et des festivals dédiés au cinéma latino-américain, initiative que nous avons appelé Viseur. (www.viseur.org).

Le genre documentaire nous intéresse particulièrement car nous trouvons qu’il montre une vitalité cinématographique et la complexité de nos sociétés contemporaines. En plus, c’est un genre qui s’exploite mal au cinéma et c’est grâce à des initiatives comme la nôtre que le public peut découvrir ces films.

Et après le succès des documentaires comme "El botón de Nácar" de Patricio Guzmán, "La Once" de Maite Alberti ou bien "Allende mi Abuelo Allende" de Marcia Tambutti, il nous a paru nécessaire de présenter et promouvoir en France une sélection de films documentaires qui avaient été peu diffusés. En France on a jamais eu un festival dédié entièrement à la cinématographie chilienne. Aujourd’hui l’effervescence productive et créative de notre cinéma mérite d’être mise en valeur.

A cela s’ajoute le fait que cette année le Festival International de documentaires "Visions du Réel" à Nyon, Suisse, propose un focus sur le Chili où une dizaine de films chiliens seront présentés dans une sélection non compétitive. Avec Pablo Gleason, réalisateur et programmateur, nous avons visionné une quinzaine de films et nous avons établi une sélection la plus représentative possible (dans le plan formel et thématique) de la production documentaire contemporaine avec des films rarement ou peu diffusés en France.

Ainsi, nous avons pu créer une synergie avec d’autres initiatives de promotion du cinéma en France, notamment les ciné-clubs Ci’noche de l’IHEAL ou Rencontres du Cinéma .

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El Mocito et Surire

Francochilenos : Quels sont les films projetés pour cette occasion ?

Elisa Sepúlveda : Nous avons fait une sélection de films qui puissent montrer la diversité de thématiques que l’on trouve au Chili contemporain et qui portent de formes narratives différentes : le récit personnel de l’auteur avec Hija de Maria Paz Gonzalez où une fille cherche à connaitre son père, la mise en scène au coulisses d’une troupe de cirque de travesties inscrits dans une communauté marginal avec El Circo Pobre de Timoteo de Lorena Gianchino Torens, le travail photographique sublime de Bettina Perut et Ivan Osnovikoff en Surire où les derniers habitants aymaras du salar de Surire voient confrontés leur quotidien par l’extraction minière ou bien la réminiscence de la dictature, dans El Mocito de Marcela Said et Jean de Certeau, un portrait atypique d’un tortionnaire de la DINA qui nous interroge sur l’oubli et la prescription.

En plus, nous remarquons la forte présence des femmes réalisatrices et productrices. Même si cela n’a pas été un critère en lui-même, ça nous surprend et nous donne une piste à réfléchir sur la création des films documentaires au Chili mais aussi en Amérique Latine, car la présence féminine est de plus en plus forte et il nous semble important de le remarquer.

Francochilenos : Pourquoi, selon vous, le documentaire est un format qui aide à mieux comprendre la socįété chilienne ?

Elisa Sepúlveda : Je pourrais dire que le cinéma, comme art, propose un regard particulier du présent, de notre société, de l’autre et de nous mêmes. Et cela est vrai pour la fiction et pour le documentaire, ils sont toujours en dialogue avec notre époque contemporaine.

Mais le genre documentaire a une puissance unique : il joue avec la réalité, et cela est sa force et aussi sa limite.
C’est justement dans ce jeu, entre la réalité, ce qui est cadré et ce qui ne l’est pas, qu’un réalisateur ou réalisatrice peut créer une histoire et un univers propre, il pose des questions qui ne seront pas forcement résolues mais qui retracent des caractéristiques ou des problématiques d’une société.

Le genre documentaire a également une fraîcheur différente que la fiction ; la production est moins lourde et les réalisateurs et réalisatrices sont dans une perpétuelle construction du film, tant au tournage comme au montage, ils continuent à donner forme au film. Dans ce sens le documentaire peut être plus réactif envers le présent, il est définitivement plus malléable.

Il y a aussi le rôle ou la réaction du spectateur, c’est lui qui se confronte aux images, aux récits et enfin à cette réalité représentée. Comme spectateurs on a la tendance à vouloir classer, à vouloir juger pour mieux comprendre. Et dans ce sens, dans le documentaire, on est interpellés d’une manière différente, par la seule raison qu’on nous a dit, "ceci est vrai". Alors il me parait normal qu’on regarde un film avec un autre état d’esprit.

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Hija et El Circo Timoteo

Francochilenos Quelle est l’importance du cinéma et du documentaire au Chili aujourd’hui ? Il y a un "boum" du cinéma chilien actuellement ?

Elisa Sepúlveda : Je pense aussi qu’il existe une envie énorme de créer de formes cinématographiques nouvelles, d’échapper aux "canons" et aux formes qui "marchent". Je crois que le cinéma chilien a peu a peu appris à prendre des risques et cela est remarquable.

Il est également indéniable que le cinéma a un rôle dans la mémoire de notre pays, il a un rôle de miroir : nous confronter à nous mêmes, nous confronter à l’autre et pouvoir parler de certains sujets. Il véhicule ainsi des problématiques de notre société ; le inégalités sociales, l’interdiction de l’avortement, les réminiscences de la dictature, le développement économique néolibéral, la place des homosexuels, des peuples indigènes et de l’église...
Je crois aussi qu’il a de plus en plus des films qui échappent à cette "miserabilité" que la cinématographie latino-américaine souvent "doit avoir".
Et ce renouveau est important et c’est aussi un défi.

Depuis quelques années qu’on entend parler du "nouveau cinéma chilien" et d’une effervescence de la production cinématographique. Je crois qu’il a eu un travail énorme de la part des organisations et associations chiliennes à faire circuler et diffuser ces films, notamment ChileDocs, Cinema Chile ou la récente association de producteurs indépendants API. Ce travail trouve de résultats avec une cinématographie qui est plus visible ; plus identifiable.

Si bien la production de films augmente, il est évident qu’il faut soutenir les circuits de la diffusion au Chili mais aussi à l’étranger. C’est pourquoi des initiatives indépendantes comme la notre deviennent importantes et nécessaires.

On voit ainsi que la liste de films chiliens dans d’importantes sélections de festivals internationaux est extensive et qu’il existe effectivement de jeunes réalisateurs qui ont des proposition fortes. Je tiens particulièrement à remarquer à titre d’exemple les 3 premiers films qui ont été primés à la Berlinale cette année ("Las Plantas"" de Roberto Doveris, "Rara" de Pepa San Martin et "Nunca vas a Estar Solo" d’Alex Adwanter) ou bien le documentaire "Pewen/Araucaria" du jeune réalisateur Carlos Vasquez récemment primé au Festival Cinéma du Réel à Paris. Ceci qui montre effectivement un renouveau et une nouvelle génération de réalisateurs qui montrent à l’écran des sujets puissants et dont on parlait très peu au Chili.

- Tous les détails de la programmation


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