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Après Septembre...Octobre ?
samedi 4 septembre 2021, écrit par
Le 4 juillet dernier, les Chiliens ont mis en marche une Convention constitutionnelle dont les 155 membres ont pour mission de rédiger une Constitution qui devra remplacer les institutions héritées du régime né le 11 septembre 1973.
Au mois d’Octobre 2019, des étudiants de Santiago ont commencé à sauter les tourniquets du Metro pour, soi-disant, protester contre une hausse de 30 pesos (0,035 €) du prix du ticket. Rapidement, d’autres jeunes ont rejoint la protestation qui s’est rapidement transformée en émeute puis en explosion sociale accompagnée d’un curieux avertissement : « le problème ce n’est pas les 30 pesos mais les 30 ans ». Les 30 ans faisaient allusion aux promesses non tenues par l’interminable processus de transition démocratique entamé après la défaite électorale de Pinochet en décembre 1989.
Ce régime de transition est, en effet, vite devenu impuissant à répondre aux injustices générées par les années de dictature ainsi qu’aux promesses des nouveaux responsables. Comme trop souvent, après avoir promis rien de moins que la joie et le bonheur – « la alegría ya viene » était le slogan – ces derniers se sont installés dans un système démocratique au rabais, où l’engagement d’une justice pour les victimes de violation des droits humains, celui de la fin des inégalités criantes ou du démantèlement du modèle ultralibéral mis en place par la dictature ne pouvaient arriver que « dans la mesure du possible ».
Véritable totem installé au cœur de la société chilienne, la Constitution en vigueur depuis septembre 1980 est devenue et un obstacle et une excuse toute trouvée à l’heure de lever le pied de l’accélérateur démocratique. Des tentatives infructueuses d’aller au-delà de quelques modifications cosmétiques avaient été timidement entreprises par quelques gouvernements qui tôt ou tard avaient fini avaient fini par lâcher l’affaire.
Rien d’étonnant donc qu’en prenant de l’ampleur, l’explosion sociale du 18 octobre 2019 ait mis à mal la capacité des élites politiques du gouvernement et de l’opposition de juguler une crise qui les menaçait directement. C’est ainsi qu’ elles durent se résigner à signer un « Accord pour la paix et la nouvelle Constitution » qui ouvrait la voie à l’écriture d’une nouvelle constitution et donc à la convocation d’une Assemblée Constituante chargée de la rédiger. L’accord prévoyait l’organisation d’un référendum destiné à approuver ou rejeter l’idée du changer la Constitution et, surtout, à décider si l’Assemblée Constituante devait être entièrement élue ou bien composée pour moitié d’élus et pour l’autre moitié de parlementaires en exercice.
Prévu à l’origine au mois d’avril 2020, le referendum a dû être différé au 25… Octobre, en raison de la crise sanitaire liée à la pandémie de covid-19. Ce jour-là, par un vote résolument historique, 78% des votants approuvèrent la décision d’écrire une nouvelle Constitution et 79% choisit l’option d’une Assemblée dont tous les membres seraient élus, qui observerait scrupuleusement l’égalité des sexes et dont 17 des 155 sièges seraient réservés aux peuples autochtones.
C’est ainsi que, sous la houlette d’une femme mapuche, les 78 femmes et les 77 hommes issus du vote des 15 et 16 mai 2021, ont commencé le travail prévu pour s’achever en 2022, date à laquelle un nouveau referendum donnera aux Chiliens l’opportunité de participer à la naissance de leur nouvelle Constitution, née de la révolte d’un mois d’Octobre qui semble bien parti pour prendre le relais des meilleures traditions libertaires de Septembre.
Quand débutera le nouveau régime politique dont la Constituante dotera le pays, on approchera du cinquantenaire du 11 septembre chilien. Le pays aura mis un demi-siècle à tourner la page du coup d’État de 1973.
Ce texte fait partie d’un ouvrage collectif appelé "Les 11-Septembre", dont la deuxième édition vient de paraître aux éditions BiblioMonde.
