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Salut !

Je m’installe pour vous écrire ces quelques lignes à la terrasse d’un café du quartier Bellavista de Santiago appelé le Mesón Nerudiano. C’est, vous vous en doutez, un lieu consacré à Pablo Neruda. C’est bien ce qu’il fallait pour vous dire ce que j’ai à vous dire. Comme dans les bons endroits que nous avons souvent partagé, on y mange et on y chante. C’est d’ailleurs ce que je vais faire ces jours-ci aux côtés d’Eduardo Peralta, un chanteur qui s’est mis en tête de traduire et de faire connaître Georges Brassens aux Chiliens. Nous y partagerons la scène tout comme nous aurons partagé, mercredi 7 juillet, pas très loin d’ici, un autre moment, bien plus exceptionnel. Un moment auquel vous êtes, d’une manière ou d’une autre, directement associés.

Ce « vous », inclut tous ceux qui, comme toi, m’ont tendu une main et appris à vivre et à aimer cette France dans laquelle je débarquai, exilé, un 15 février 1975, en compagnie d’une toute petite Antonia et d’une jeune Josefina qui portait encore dans son ventre le premier Français de la famille : Diego. À partir de ce jour-là et tout au long de ces presque 30 années, amitié, solidarité, politique, travail, amour, musique et bien d’autres choses encore, nous ont souvent rapprochés et unis. Le « tourbillon de la vie » ou nos propres choix ont parfois mis de la distance là où nous nous étions souvent juré de ne jamais nous perdre de vue. En tout cas, sachez qu’aucune distance m’aurait empêché de vous sentir tout près de moi au moment de devenir, tenez-vous bien, Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres !

Mes mérites ? Avoir contribué à diffuser la culture française dans mon pays ; avoir multiplié les « passerelles » qui nous relient et être devenu, selon la formule utilisée par votre ambassadeur ici, une sorte de « passeur » entre le Chili et cette France à laquelle je suis définitivement « accro ».

Bien que les médailles et les décorations ne soient pas vraiment mon but dans la vie, je ne peux que remercier ceux qui ont voulu ainsi m’encourager à aller plus loin dans la recherche de nouveaux rêves à partager entre nous autres, Français et Chiliens. Et je dois aussi vous avouer, sans aucune honte, que je ne suis pas peu fier de rejoindre les Pablo Neruda, Francisco Coloane, Claudio Arrau, Isabel Parra, Oscar Castro et autres Angel Parra qui ont eu droit, bien avant moi et peut-être bien plus que moi, à cette même reconnaissance.

Toutefois, pour moi l’essentiel est ailleurs. Notamment dans le fait que, presque 30 ans après, la France est encore, grâce à l’engagement de ceux qui restent farouchement attachés à des valeurs aujourd’hui menacées de partout, un pays prêt à me donner une nouvelle chance de chercher ici la toujours « inaccessible étoile ».

Beaucoup de choses ont changé, pour le meilleur et pour le pire, dans ma vie et dans nos vies à nous tous. Les bonnes raisons qui m’ont fait jadis retourner au Chili, ne sont plus aussi puissantes que ma passion toujours vivace pour ce cher pays de mon errance. Suivant donc les ordres de « mon cœur qui a su faire souffrir autant qu’il a souffert », j’ai décidé de garer une nouvelle fois ma roulotte ici. Dans cette France où, votre proximité, ainsi que celle d’Antonia et Diego (et sa fille merveilleuse) m’aident à trouver l’énergie nécessaire pour « rempiler ».

Avec Patrick Tandin, primus inter pares dans ces histoires d’amour et d’amitié franco-chilienne, j’ai appris depuis longtemps tout le non sens des « frontières qui n’existent que dans la tête ». Avec bien d’entre vous, j’ai pu le vivre et le vis encore.

C’est pourquoi je ne pouvais que vous sentir tout près de moi en ce moment si spécial que, dans une large mesure, je vous dois.

C’est pourquoi, depuis ce coin de Santiago où l’on rend hommage au poète-chevalier Neruda, je pense à vous et vous envoie un gran abrazo et toute ma disposition à suivre, avec vous tous et, bien entendu, avec Sabina, ma Dulcinée à moi, la trace de celui auquel il parut convenable et nécessaire, aussi bien pour l’éclat de sa gloire que pour le service de son pays, de se faire chevalier errant ; de s’en aller par le monde, avec son cheval et ses armes, chercher les aventures ; et de pratiquer tout ce qu’il avait lu que pratiquaient les chevaliers errants, redressant toutes sortes de torts, et s’exposant à tant de rencontres...

Encore une fois, merci pour tout et...hasta siempre !

Eduardo Olivares


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